Lettre ouverte à Emmanuel Macron – La cybersécurité n’est pas un sujet technique. C’est un devoir d’État.

Monsieur le Président. Je ne vous écris pas pour plaider une cause. Je vous écris parce qu’il est temps d’arrêter de faire semblant.

Monsieur le Président Macron,

Je ne vous écris pas pour plaider une cause. Je vous écris parce qu’il est temps d’arrêter de faire semblant.

Depuis plus de dix ans, les cyberattaques se sont multipliées. Hôpitaux, collectivités, ministères, entreprises stratégiques : personne n’est épargné.

Chaque fois, on annonce des moyens. Des comités. Des feuilles de route. Des millions. Mais sur le terrain, les acteurs publics n’ont pas les outils, pas les gens, pas la formation. Ils bricolent. Ils attendent. Et ils encaissent.

Pendant ce temps, la menace progresse. Et pas seulement du côté des cybercriminels. La menace est également politique, industrielle, culturelle.

La cybersécurité n’est pas une compétence. C’est un pilier de souveraineté.

On ne peut pas parler de stratégie d’indépendance tout en dépendant de clouds étrangers pour héberger nos données publiques.

On ne peut pas parler d’éducation numérique en laissant les enseignants sans accompagnement ni culture de la protection des données.

On ne peut pas parler de « nation startup » si les outils critiques des jeunes entreprises reposent sur des infrastructures américaines, sans plan B.

Il n’y a pas de puissance numérique sans éthique de la sécurité. Et cette éthique ne se limite pas aux experts. Elle doit être visible, active, assumée au plus haut niveau de l’État.

Il ne s’agit plus de réagir. Il faut préparer.

Laisser des hôpitaux sous Windows 7, des mairies dépendre d’un informaticien sans formation qui est aussi le jardinier du cimetière local (histoire vraie), ou des collectivités entières dans le cloud sans comprendre ce qu’elles font, ce n’est pas un problème technique.

C’est une faute politique.

La cybersécurité ne peut plus rester un sujet cloisonné entre experts. Il faut la mettre au cœur de la stratégie nationale, au même titre que la santé, la défense ou l’énergie. Elle apparait déjà dans une certaine mesure dans la Loi de Programmation Militaire, et malgré les directives et régulations Européennes, la France peine à se frayer un chemin pour Être en Cybersécurité.

Cela suppose de reconnaître l’écart entre les discours et la réalité, et d’accepter de remettre à plat ce qui dysfonctionne :

  • Le désintérêt des élus pour les sujets jugés « trop techniques ».
  • La sous-traitance systématique sans vérification.
  • Le pilotage par effet d’annonce.

Vous avez la responsabilité de changer le cadre, pas de tweeter en réaction

Quand une cyberattaque touche un hôpital ou une administration, c’est trop tard pour promettre. Il fallait agir avant. Planifier. Soutenir. Anticiper.

Ce que je vous demande, ce n’est pas un budget supplémentaire. C’est un cap clair, stable, public. C’est un pilotage qui dure plus qu’un quinquennat. C’est une reconnaissance du fait que le numérique n’est pas un outil : c’est une infrastructure vitale.

Et comme toute infrastructure, elle doit être entretenue, protégée, surveillée. Pas seulement au moment où tout casse.

Monsieur le Président, si vous voulez être pris au sérieux sur la souveraineté, commencez par la sécurité numérique

Je ne vous demande pas de comprendre la technique. Mais de vous entourer de ceux qui la comprennent et qui n’ont pas pour seule ambition de cocher des cases.

Je ne vous demande pas de devenir expert. Mais de cesser de traiter les experts comme des techniciens invisibles.

Et surtout, je ne vous demande pas de parler de cyber. Je vous demande d’agir comme si la France existait aussi dans le monde numérique.

Parce que c’est déjà le cas. Et que pour l’instant, elle est bien seule.

Alors commencez par le concret.

Faites de la cybersécurité un enjeu visible, assumé, financé. Pas par des milliards abstraits, mais par des moyens là où ils manquent vraiment : dans les mairies, les hôpitaux, les écoles. Là où le numérique ne fait pas rêver, mais fait tenir.

Imposez une exigence minimale de souveraineté aux marchés publics, redonnez du pouvoir aux DSI de terrain, et formez les élus comme on forme à la sécurité civile : parce que ce sont eux les premiers maillons.

Et surtout, cessez d’opposer le terrain au numérique.

Oui, réparer une route est visible. Oui, sécuriser le poste de Chantal ne fait pas une belle photo. Mais les deux protègent des vies. Les deux relèvent (indirectement) de la responsabilité de l’État .

Il ne s’agit pas de choisir entre le bitume et le cloud. Il s’agit de comprendre que la souveraineté, aujourd’hui, passe par les deux.

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