Venmo, Fortnite, Snapchat, Zoom, Coinbase… tout l’écosystème AWS s’est mis à planter. Pas à cause d’un ransomware, d’une attaque à grande échelle ou d’un conflit géopolitique. Non. Parce qu’un composant réseau d’AWS US-EAST-1 a déraillé.
On appelle ça un « incident technique ». Moi j’appelle ça un symptôme. Et un aveu de fragilité systémique.
Ce n’était pas un hack. C’était pire.
Quand il y a un attaquant, on peut identifier un adversaire, un vecteur, une intention. Ici, il n’y avait rien de tout ça. Juste un petit raté interne, avec des conséquences massives.
Pas de bruit. Pas d’alerte. Juste un silence brutal. Et tout un écosystème mondial qui se bloque. Parce qu’une zone géographique unique concentre trop de dépendances.
C’est ça, le vrai danger. Pas le hacker. Le monopole technique silencieux.

Le cloud n’est pas magique. Il est mécanique.
Beaucoup d’organisations ont adopté le cloud comme on avale un somnifère : pour dormir tranquilles. Moins d’infrastructure, moins de complexité, moins de coûts.
Mais ce qu’on a gagné en confort, on l’a perdu en maîtrise.
Aujourd’hui, une grande majorité des entreprises ne savent pas d’où dépendent vraiment leurs services. Elles utilisent des outils numériques « prêts à l’emploi », interconnectés, empilés, souvent d’origine extérieure. Mais au fond, tout repose sur quelques zones très localisées, toujours les mêmes.
Et que ces zones, elles aussi, peuvent tomber.
Une crise de gouvernance avant d’être une crise technique
Ce que cet incident révèle, c’est notre manque de rigueur sur les sujets critiques :
- On externalise sans stratégie de repli.
- On accumule les outils sans véritable plan de secours.
- On fait confiance les yeux fermés sans poser les bonnes questions.
En situation de crise, ce n’est pas l’outil qui fait la différence. C’est la capacité à comprendre vite, à pivoter, à décider.
Et pour ça, il faut des cartes lisibles. Pas des schémas obsolètes dans un dossier introuvable.
Les trois angles morts que personne n’aime regarder
- La concentration géographique : trop de données, de services, de clients reposent sur un seul point névralgique. Ce n’est pas une « stratégie d’hébergement », c’est un goulot d’étranglement.
- L’illusion de la redondance : croire qu’on a une alternative, alors qu’en fait tout passe par les mêmes structures invisibles (connexions, authentifications, flux).
- Le déficit d’autonomie : on ne forme pas les équipes à fonctionner sans leurs outils favoris. Le jour où l’outil plante, tout le monde attend que ça revienne.
Ce n’est pas Amazon le problème. C’est notre passivité collective.
Amazon fait ce qu’Amazon doit faire : optimiser, industrialiser, délivrer.
Mais c’est à nous de garder une architecture pensée pour l’échec. C’est à nous de réduire la surface dépendante. C’est à nous de savoir ce qui se passe si notre prestataire préféré a un mauvais lundi.
La question n’est pas « quand AWS tombera encore », mais « est-ce que vous saurez faire sans lui pendant quelques heures ? »
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