Il y a des moments où tout s’accélère. Une alerte tombe. Un service s’effondre. Plus rien ne répond.
Et là, tout le monde se tourne vers « le management ».
C’est souvent à ce moment qu’on comprend une chose essentielle : le leadership ne se mesure pas aux PowerPoints en temps normal, mais aux silences en temps de crise.
Voici cinq erreurs que je vois régulièrement. Et ce qu’elles disent, en creux, du rapport qu’on entretient avec la responsabilité.
1. Parler trop tard, ou ne rien dire du tout
Dans les premières heures, le silence est un poison. Il laisse place aux rumeurs, à l’anxiété, à la paranoïa interne.
Pas besoin d’avoir toutes les réponses. Il faut dire ce qu’on sait, ce qu’on fait, et quand on en saura plus. Une parole imparfaite vaut mieux qu’une absence de cap.
La communication interne, ce n’est pas une option. C’est un outil de stabilisation.

2. Déléguer la réalité au prestataire
« C’est l’infogérant qui gère. » « On attend le rapport du CERT. » « Le RSSI s’en occupe. »
Non.
En crise, vous êtes exposés. Votre organisation. Votre image. Vos clients. Vous ne pouvez pas externaliser votre responsabilité même si vous avez externalisé votre infrastructure.
Le leadership, c’est rester présent. Poser des questions. Arbitrer. Porter la parole.
3. Se crisper sur les processus, ignorer l’équipe
Beaucoup de plans de crise ressemblent à des manuels de bord d’avion. Complexes. Inutilisables en vol.
En vrai, une crise, c’est des humains sous pression, avec des infos partielles, qui doivent improviser vite et bien.
Si vous ne regardez que les métriques, vous ratez l’état de vos troupes. La fatigue. La panique. Le flou.
Un bon leader ne gère pas que l’incident. Il garde un œil sur la tension nerveuse. Il soutient, recadre, et calme. Pas en mode gourou. En mode utile.
4. Chercher le coupable pendant que le feu brûle
Ce réflexe est tenace. Chercher qui a cliqué. Qui a validé. Qui a mal géré.
Mais en pleine crise, ce besoin de pointer du doigt ralentit tout. Il bloque la parole. Il fait taire les signaux faibles. Il isole les bons réflexes.
Le temps du retour d’expérience viendra. Mais pendant la tempête, on gère. Ensemble. Ensuite, on apprend.
5. Vouloir tout comprendre avant de décider
Le fantasme du « risque zéro » pousse à l’inaction. On veut plus d’infos, plus de validation, plus d’analyses. En attendant, la situation dégénère.
Une décision imparfaite maintenant vaut souvent mieux qu’une excellente décision trop tard.
Le leadership, ce n’est pas de tout savoir. C’est de tracer une direction claire, même provisoire, pour permettre aux autres d’agir.
Ce que je retiens, systématiquement
La crise révèle. Pas les CV. Pas les organigrammes. Les postures. Les peurs. Et la capacité à rester utile quand tout tremble.
Ce qu’on appelle « leadership » n’a rien de mystique. C’est une compétence humaine. Accessible. Entraînable. Indispensable.
Mais elle ne s’improvise pas.
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