On entend beaucoup parler de « souveraineté numérique » depuis quelques années en cybersécurité. Mais soyons honnêtes : c’est devenu un mot-valise, usé jusqu’à la corde. Tout le monde l’agite, peu agissent vraiment.
La réalité ? On a raté le coche. Plusieurs fois. Par manque de vision, de courage, ou de cohérence. Et pendant ce temps, la France et l’Europe ont transféré plus de 75% de leurs dépenses IT vers des solutions non-européennes, principalement américaines.
On a organisé notre propre dépendance
Les chiffres sont têtus. Le cloud « souverain » français est resté lettre morte. Les grandes administrations et les entreprises du CAC 40 hébergent leurs données critiques sur Azure, AWS ou Google Cloud.
Pourtant, les compétences existent en France. Les solutions aussi. Des acteurs sérieux, solides, innovants. Mais ils ne reçoivent pas le soutien qu’ils méritent. Pas assez de références, pas assez de commandes, donc pas assez de poids.
C’est un cercle vicieux, mais surtout une stratégie à courte vue.

La souveraineté, ce n’est pas une posture, c’est une infrastructure
Ce mot a été dépolitisé au point d’en devenir flou. Mais la vérité est simple : pas de souveraineté sans capacité à choisir, à comprendre, à réagir.
Aujourd’hui, une bonne partie de nos données, de nos décisions, de nos services essentiels transitent par des plateformes que nous ne contrôlons ni juridiquement, ni techniquement, ni économiquement.
Et ce n’est pas qu’un sujet de « protection des données ». C’est une question de pouvoir. De compétence. De rapport de force.
La cybersécurité sans maîtrise des outils, c’est une illusion
On peut empiler les chartes, les règles, les audits. Si l’on ne maîtrise pas les bases techniques de nos propres systèmes, on s’expose. Point.
Et si l’on continue à dépendre massivement d’écosystèmes étrangers, dont les priorités ne sont ni les nôtres ni celles de nos citoyens, alors toute notre chaîne de confiance repose sur un pari.
Ce n’est pas du pessimisme. C’est du réalisme.
La souveraineté numérique citoyenne : un horizon encore possible
Il est trop tard pour être les premiers. Mais il n’est pas trop tard pour reprendre du terrain.
Cela commence par donner du poids aux solutions locales. Pas par patriotisme aveugle, mais parce que c’est stratégique. Parce que c’est sain. Parce que cela recrée de la compétence, de la résilience, et de la responsabilité.
Cela continue par former les citoyens, les professionnels, les décideurs à comprendre ce qu’ils utilisent. Pas à tout savoir, mais à savoir poser les bonnes questions.
Cela implique aussi de remettre la confiance au centre : pas dans les outils, mais dans les relations, les processus, et la capacité à dire non quand il le faut.
Le choix est politique, mais aussi quotidien
Vous dirigez une collectivité ? Une entreprise ? Un service public ? Regardez vos dépendances. Posez la question à vos prestataires. Soutenez des acteurs à taille humaine. Investissez dans la compétence, pas seulement dans la conformité.
Et si vous êtes citoyen, usager, professionnel : soyez curieux. Exigez de la transparence. Parlez de ces sujets, même simplement. Parce qu’à force de banaliser l’externalisation systématique, on finit par sous-traiter notre capacité à exister.
La souveraineté numérique ne sera jamais parfaite. Mais elle doit être une direction. Un cap clair.
Pas un mot dans les communiqués. Un acte dans les choix.
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