La Norvège vient de faire une découverte explosive : 850 bus électriques en circulation à Oslo peuvent être arrêtés à distance par leur constructeur chinois, Yutong. Un simple accès logiciel, un boîtier SIM intégré, et voilà qu’un acteur étranger peut désactiver – théoriquement – une flotte entière de transports publics dans une capitale européenne.
C’est grave ? Oui.
Mais ce n’est pas une surprise.
C’est la conséquence directe d’un système qui veut la souveraineté énergétique sans la souveraineté industrielle.
D’un modèle européen qui exige des normes d’émissions irréprochables, tout en forçant ses États à s’approvisionner chez ceux qui ne respectent rien d’autre que leurs propres intérêts.
Le rêve vert qui fabrique la dépendance
Depuis janvier 2025, la Norvège impose que tous les nouveaux bus (hors tourisme) soient sans émission.
Sur le papier, c’est magnifique.
Dans les faits, ça se traduit par l’importation massive de matériel chinois. Pourquoi ? Parce qu’en Europe, on a abandonné l’ambition industrielle, les chaînes logistiques sont disloquées, et les rares constructeurs restants ne peuvent rivaliser sur les volumes ou les prix.
Résultat ? On délocalise la production.
Et, par naïveté ou cynisme, on laisse entrer sur nos routes des systèmes techniques pilotables à distance par un régime autoritaire.
Il ne s’agit plus de savoir si un hacker peut bloquer un bus : il s’agit de savoir pourquoi un gouvernement étranger a un jour eu cette possibilité.

Le tout-numérique est une prison
On peut disserter des heures sur les firewalls, les audits, les cartes SIM qu’on retirera à la main…
Mais le cœur du problème est ailleurs : c’est l’obsession du tout-connecté, du tout-moderne, du tout-digital.
Chaque “fonctionnalité intelligente” qu’on ajoute, c’est une nouvelle porte ouverte à l’ingérence, une nouvelle dépendance qu’on accepte.
Et cette fois, ce n’est pas un bug. C’est une politique.
Car ce type d’accès distant n’est pas une faille accidentelle.
C’est un choix d’architecture, pensé, documenté, prévu.
Et s’il est là, c’est parce que l’Europe veut des bus modernes mais ne veut plus les concevoir elle-même.
Elle veut des technologies vertes, mais ne veut plus avoir à produire ni les batteries, ni les puces, ni les boîtiers.
Tu ne veux plus dépendre d’une puissance étrangère ?
Alors redeviens autonome.
Un pays qui n’est pas capable de construire ses propres véhicules, ses propres réseaux, ses propres outils, n’est pas un pays souverain.
Il peut signer tous les traités du monde, se gargariser de ses normes et multiplier les conférences sur la “cybersécurité” : il reste vulnérable, dès qu’un acteur externe décide de lui faire payer sa naïveté.
La seule solution durable, ce n’est pas un patch logiciel.
Ce n’est pas un comité d’experts.
C’est une relocalisation. Une maîtrise. Une reconquête.
Parce qu’on ne peut pas légiférer sur l’émission carbone d’un bus tout en refusant de prendre en main les moyens de le produire.
Et surtout, on ne peut pas, au nom de la transition écologique, s’en remettre à des puissances qui font de l’export technologique une arme stratégique.
Il est temps de choisir
Soit on veut des infrastructures numériques et durables maîtrisées, et il faut reconstruire des filières.
Soit on continue de faire des lois en chambre sans produire le moindre boulon, et il ne faudra pas pleurer le jour où Pékin débranche Oslo.
Ce n’est pas de la cybersécurité.
C’est de la sécurité tout court.
Et à ce jeu-là, les ingénieurs de Yutong sont plus cohérents que nos ministres.
Repenser la commande publique, relancer l’industrie stratégique
Si l’Europe veut rompre avec cette dépendance, elle doit réformer en profondeur la manière dont elle pense et achète la technologie. Aujourd’hui, la commande publique privilégie le coût et le respect des normes environnementales à court terme.
Résultat : on sacrifie l’autonomie stratégique sur l’autel des appels d’offres “les moins-disants”. Il faut changer le cahier des charges.
Intégrer la souveraineté, la résilience, la traçabilité des composants. Récompenser les offres européennes, même si elles sont 15 % plus chères. Car ce différentiel, ce n’est pas un surcoût : c’est le prix de notre liberté.
Et ce n’est pas en empilant des labels qu’on recrée une industrie souveraine, mais en investissant, formant et assumant nos choix. Produire un bus 100 % européen sans émission, c’est possible (et c’est peut-être même déja le cas?).
Encore faut-il qu’on l’exige. Le numérique responsable commence par la responsabilité politique. Et pour l’instant, cette responsabilité est aux abonnés absents.