Il y a des cyberattaques qu’on ne voit pas venir.
Pas de virus flashy, pas de messages de rançon, pas de plantage brutal.
Juste une chose : vos identifiants ont été aspiré. Vos accès ont été copiés. Vos données, revendues. Et vous ne l’avez même pas remarqué.
C’est ça, la spécialité des infostealers.
Ces logiciels malveillants sont discrets. Ils ne font pas de bruit. Ils ne chiffrent pas vos fichiers. Ils ne bloquent rien.
Ils volent, en silence.
Et aujourd’hui, ils sont au cœur de la majorité des compromissions que subissent entreprises, administrations, particuliers. Pas parce que les infrastructures sont vulnérables. Mais parce que les gens le sont.
Une cybermenace à bas bruit, mais à haut rendement
Un infostealer, c’est un voleur en mode furtif.
Il s’installe sur votre machine souvent à votre insu, via une pièce jointe, un téléchargement piégé, un faux logiciel ou une extension douteuse. Une fois en place, il récupère vos mots de passe, cookies de session, identifiants enregistrés, clés, parfois même vos captures clavier ou le contenu de votre presse-papiers. Puis il envoie tout ça vers un serveur de l’attaquant… et disparaît.
Pas d’alerte. Pas de demande de rançon.
Juste des comptes compromis, des accès revendus, des identités usurpées, et parfois des entreprises entières qui s’effondrent parce que “quelqu’un” a cliqué au mauvais endroit.

Le vrai danger, c’est l’illusion de protection
Depuis 20 ans, on vend au grand public l’idée que la cybersécurité, c’est une affaire de spécialistes. Qu’il suffit d’un antivirus. Qu’il ne faut pas s’inquiéter, les outils s’occupent de tout.
C’est faux.
Ce sont précisément les usages les plus quotidiens, les plus anodins, qui sont devenus les failles principales.
Et parmi eux, une erreur revient toujours : enregistrer ses mots de passe dans le navigateur.
Oui, c’est simple. Oui, c’est intégré. Mais non, ce n’est pas sécurisé.
Un navigateur est un outil d’accès, pas un coffre-fort. Il est exposé, traversé de scripts, parfois encombré d’extensions dont vous ne connaissez ni l’origine ni le comportement. Et les infostealers le savent très bien. C’est d’ailleurs leur cible numéro un.
Ce n’est pas une question de technique. C’est une question de responsabilité
Quand une cyberattaque touche un hôpital ou une administration, c’est trop tard pour promettre. Il fallait agir avant. Planifier. Soutenir. Anticiper.
Ce que je vous demande, ce n’est pas un budget supplémentaire. C’est un cap clair, stable, public. C’est un pilotage qui dure plus qu’un quinquennat. C’est une reconnaissance du fait que le numérique n’est pas un outil : c’est une infrastructure vitale.
Et comme toute infrastructure, elle doit être entretenue, protégée, surveillée. Pas seulement au moment où tout casse.
Depuis des années, j’alerte sur ce glissement dangereux : croire que la cybersécurité, c’est l’affaire des autres. Des DSI. Des RSSI. Des “geeks”.
Mais la réalité, c’est que chacun d’entre nous est une porte d’entrée.
Et que le premier pas vers un numérique plus sûr, c’est d’accepter qu’on a tous une part de responsabilité.
C’est justement pour ça que j’ai écrit Être en cybersécurité.
Pas pour faire un guide technique de plus.
Mais pour démontrer que la sécurité numérique est une question de culture, pas de jargon.
Et que si on continue à ignorer les signaux faibles, on finira tous par les payer fort.
Que faire, concrètement ?
Ce n’est pas la panique qui nous sauvera.
C’est la méthode. Et l’exigence. Voici les gestes de base :
- N’enregistrez jamais vos mots de passe dans un navigateur. C’est pratique. Et justement : c’est trop pratique pour être fiable.
- Utilisez un gestionnaire sécurisé. Oui, c’est une contrainte. Mais c’est aussi votre dernière ligne de défense.
- Séparez vos usages pro et perso. Si votre ordinateur familial est infecté, ce sont aussi vos accès professionnels qui tombent.
- Mettez à jour vos outils. Toujours. Un outil non mis à jour, c’est une porte ouverte.
- Activez la double authentification partout où c’est possible. C’est souvent la seule chose qui sauve quand tout le reste est compromis.
- Et surtout : ne surfez pas à l’aveugle. Un site douteux, un lien bizarre, une pièce jointe inattendue ? Fermez. Supprimez. Vérifiez.
On n’a plus le luxe d’être négligents
Les fuites récentes (France Travail, CAF, comptes bancaires, plateformes grand public) ne sont pas des anomalies. Elles sont le symptôme d’un système où tout le monde compte sur tout le monde pour sécuriser le reste.
Mais la sécurité ne se délègue pas. Elle s’assume.
Aujourd’hui, les pirates ne cherchent plus à forcer la porte.
Ils comptent sur le fait qu’on la laisse entrouverte.
Par ignorance. Par fatigue. Par paresse parfois, aussi.
Et tant qu’on acceptera ça, les infostealers continueront de gagner.