Banque : le découvert n’est plus une soupape. Il devient un produit financier.

Pendant des décennies, le découvert bancaire était une sorte de pacte silencieux entre le client et sa banque. Une soupape. Un tampon entre deux échéances. Pas une solution idéale, mais une réalité humaine : la vie n’attend pas la date du virement.

Mais à partir de novembre 2026, le découvert ne sera plus un ajustement. Il deviendra un crédit à la consommation. Officiellement. Juridiquement. Commercialement. Et ce changement, sous ses airs techniques, dit quelque chose de profond :

On ne vous aidera pas. On vous prêtera.

Le vernis de la “protection”

Le gouvernement parle de prévention du surendettement. De protection du consommateur. De transparence sur le TAEG et les conditions de remboursement.

Mais la réalité est ailleurs : derrière les bonnes intentions, il s’agit de transformer la fragilité en marché régulé.

À partir de 200 €, la banque devra évaluer la solvabilité, examiner les revenus, consulter les fichiers d’incidents. Un découvert de 400 € pourra suffire à rendre un dossier non éligible si le taux d’endettement dépasse 30 %.

Autrement dit : si vous avez peu, vous aurez encore moins accès à ce petit filet de sécurité. Et vous devrez justifier pourquoi vous êtes pauvre.

Une externalisation du social

Ce qui frappait déjà, c’est que les banques tiraient profit des frais de découvert. Ce qui arrive maintenant, c’est une normalisation de ce mécanisme. Un cadre. Un encadrement qui ne vient pas pour soulager, mais pour inscrire le besoin dans une logique de scoring, de rentabilité, de conformité.

L’État ne joue plus son rôle. Il ne protège pas. Il délègue. Il réglemente la pauvreté au lieu de la combattre.

C’est un transfert de responsabilité, propre et silencieux : ce ne sont plus les politiques publiques qui soutiennent, ce sont les contrats bancaires qui trient.

Ce que cette mesure révèle

Ce n’est pas le crédit qui est le problème. C’est ce qu’on cherche à remplacer par lui.

La France aurait pu inventer un mécanisme républicain, temporaire, automatique, pour répondre aux imprévus modestes. Un droit à l’avance sociale. Une solidarité de court terme.

À la place, elle a choisi de normer l’endettement. Elle offre aux banques un nouveau produit : la gestion des fins de mois. Et tant pis pour ceux qui n’ont pas le bon dossier.

Une proposition : un droit à l’avance, pas un crédit

On pourrait faire autrement. Créer un fonds d’avance sociale accessible sans intérêts, garanti par l’État, déclenché automatiquement pour les petits montants et plafonné à des usages essentiels (loyer, santé, alimentation). Un outil de respiration économique, pas une rente déguisée.

Ce serait simple. Juste. Transparent. Et surtout : humain.

Mais tant qu’on confondra protection avec conformité, on réglera la misère à coups de règlements. Et les marges de survie continueront d’alimenter les lignes de produits.

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