En mars dernier, lors de ma conférence à la Belgium Cyber Security Coalition, j’avais posé une question simple mais dérangeante :
Et si l’IA ne nous rendait pas idiots… mais nous forçait à devenir plus intelligents ?
Six mois plus tard, une étude du MIT me donne raison. Noir sur blanc. Cerveau branché. Preuves mesurées.
Le projet Brain On LLM, mené par une équipe de chercheurs, vient de démontrer ce que je martèle depuis des mois : l’IA n’est pas neutre. Elle influence notre manière de penser, d’apprendre, de mémoriser, de créer.
Et si on ne l’utilise pas consciemment, elle nous transforme peu à peu en simples consommateurs de texte généré.
L’IA, miroir cognitif… et parfois anesthésiant
L’étude est passionnante. Elle compare trois groupes :
- Ceux qui écrivent seuls (Brain-only),
- Ceux qui utilisent un moteur de recherche (Search),
- Et ceux qui écrivent avec l’aide d’un grand modèle de langage (LLM comme ChatGPT).
Les résultats sont clairs :
- 🧠 Les Brain-only ont les réseaux cérébraux les plus activés, les connexions les plus riches, la mémoire la plus vive.
- 🔍 Les Search users ont un niveau intermédiaire : sollicités, mais encore engagés cognitivement.
- 🤖 Les LLM users, eux, montrent la plus faible activité cérébrale. Moins de connexions. Moins de mémoire. Moins de sentiment d’appropriation du contenu.
Pire : les personnes ayant utilisé l’IA pendant plusieurs sessions peinent ensuite à retrouver leurs capacités quand elles doivent écrire seules. Leur cerveau s’est… habitué. Déconnecté

J’en parlais en mars : l’IA comme prothèse intellectuelle
J’expliquais plus tôt cette année que l’IA est un outil d’augmentation, pas de substitution.
Mais la tentation est grande : pourquoi forcer quand on peut cliquer ? Pourquoi réfléchir quand une machine peut pondre un texte “acceptable” ?
C’est le syndrome de l’escalator :
98% des gens prennent l’escalator, 2% les escaliers.
L’escalator, c’est un peu de confort tout de suite, beaucoup de faiblesse demain.
Les escaliers, c’est un peu de souffrance maintenant, mais beaucoup plus de force demain.
L’IA est aujourd’hui le plus grand escalator cognitif de notre époque.
Et dans un monde qui valorise la vitesse plus que la profondeur, le résultat est prévisible : on devient moins attentifs, moins critiques, moins créatifs.
Lire. Écrire. Débattre. Les 3 piliers de la souveraineté intellectuelle
Je l’ai dit, je le redis : L’IA ne détruit pas la pensée critique. C’est nous qui la détruisons, par abandon.
Si tu veux rester pertinent, puissant, stratégique dans ce monde transformé par l’IA, tu n’as pas besoin de fuir la technologie.
Tu dois l’encadrer par des pratiques humaines fortes :
- Lire : pour nourrir ton esprit, croiser les idées, te confronter à la complexité.
- Écrire : pour structurer ta pensée, prendre du recul, créer du sens.
- Débattre : pour affiner ta vision, écouter, répondre, t’élever.
Ce sont des entraînements. Des disciplines. Comme le sport pour le corps, c’est le minimum vital pour le cerveau.
L’IA est une loupe, pas un cerveau
Ce que Brain On LLM montre avec précision, c’est que les LLM ne sont pas de l’intelligence artificielle au sens propre.
Ce sont des amplificateurs de nos routines mentales. Ils reprennent nos manières de parler, nos idées dominantes, nos biais — et les recyclent. Vite. Bien. Sans âme.
Alors non, ce n’est pas “l’homme ou la machine”.
C’est l’homme ET la machine à condition que l’homme reste aux commandes, et que la machine serve à nous pousser plus loin, pas à nous endormir.
Le MIT confirme, mais la responsabilité nous appartient
Le MIT a mis un électroencéphalogramme sur la question.
Moi, j’y avais mis mon intuition, mon expérience, et ma conviction profonde :
L’IA est notre miroir. Si tu deviens paresseux, elle amplifie ta paresse. Si tu restes engagé, elle amplifie ta puissance.
Le choix est toujours entre nos mains.
La technologie n’est pas le problème.
C’est notre rapport à l’effort qui l’est.
Alors pose-toi la question : est-ce que tu veux l’escalator… ou les escaliers ?