Je vais être direct : on ne peut pas demander à la cybersécurité d’avancer si une partie des entreprises refuse de sortir du minitel.
Et c’est exactement ce qu’on voit encore aujourd’hui dans une majorité de PME françaises.
Oui, les menaces évoluent. Oui, l’IA rebat toutes les cartes. Oui, les attaques deviennent plus complexes, plus rapides, plus systémiques. Mais à quoi bon avoir cette conversation si en face, personne ne comprend vraiment de quoi on parle ?
“Cyber quoi ?” — La fracture culturelle
Dans beaucoup de PME, le mot “cyber” déclenche encore trois types de réactions :
- “C’est le boulot de l’informaticien, non ?”
- “On n’est pas une banque, pourquoi on serait visés ?”
- “J’ai mis un antivirus et un firewall, c’est bon.”
On ne peut pas construire une stratégie de sécurité sur de l’ignorance volontaire.
Les dirigeants qui ne prennent pas cinq minutes pour comprendre les risques numériques exposent leur boîte à bien pire qu’une fuite de données : ils mettent en péril leur business.
Et non, la faute n’est pas à chercher uniquement chez les politiques ou les méchants hackers russes.
La faute est aussi dans cette incapacité chronique à se remettre en question, à se former, à s’adapter.

L’IA ? Pas compris, donc pas touché
Parlons d’intelligence artificielle.
On a aujourd’hui des outils capables d’analyser des logs, détecter des comportements suspects, anticiper des incidents, corréler des signaux faibles en temps réel. Bref : des super-pouvoirs pour des équipes souvent en sous-effectif.
Mais dans les PME, on a encore des dirigeants qui pensent que ChatGPT, c’est un gadget pour les stagiaires en com’.
Pendant ce temps, les cybercriminels, eux, ne s’embarrassent pas de scepticisme : ils utilisent l’IA à plein régime. Génération de phishing, attaques ciblées, automatisation d’intrusions… Et ça marche.
Le nœud du problème ? L’étau réglementaire
Soyons clairs : la majorité des PME ne refusent pas la cybersécurité par mauvaise foi.
Elles refusent parce qu’elles ne peuvent pas tout faire.
Quand on leur impose :
- des obligations de conformité toujours plus complexes,
- des audits réglementaires à rallonge,
- des délais impossibles à tenir sans ressources,
- et des coûts de mise en conformité qui explosent…
Alors non, le vrai problème n’est pas que Chantal a cliqué sur un lien vérolé.
Le vrai problème, c’est que Chantal ne sait même pas si son salaire va tomber à la fin du mois.
Et c’est là que l’État, les éditeurs, les experts doivent arrêter de parler dans le vide.
On ne construit pas une culture de cybersécurité avec des slides PowerPoint et des plateformes hors de prix.
On la construit en partant de la réalité du terrain. Et cette réalité, c’est que les PME se noient.
Alors on fait quoi ?
1. Former les dirigeants, pas seulement les techniciens
Tant qu’un PDG ne comprend pas ce qu’est une surface d’attaque, un vecteur d’intrusion, ou un plan de continuité, il ne pilotera rien. Il subira.
2. Simplifier, automatiser, mutualiser
La cybersécurité ne doit pas être un luxe. Il faut des outils pensés pour les TPE-PME : simples à déployer, pilotables avec peu de ressources, et surtout abordables. Le SaaS ne suffit pas si personne ne comprend le dashboard.
3. Créer des filières locales de cybersolidarité
Et si les collectivités finançaient des “SOC partagés” entre entreprises d’un même bassin économique ? Mutualisation des coûts, partage de l’intelligence, réponses collectives.
4. Repenser les aides publiques
Subventionner des audits à 30k pour des recommandations qui finissent dans un tiroir, ça ne sert à rien. Mieux vaut financer des formations, des outils concrets, de la sensibilisation continue.
En conclusion
Les PME sont le cœur de l’économie française.
Mais ce cœur bat encore sur un rythme d’avant l’ère numérique.
Alors oui, les cybermenaces explosent.
Oui, l’IA change tout.
Mais non, ce n’est pas une raison pour continuer à jouer à l’autruche.
Il faut que ça bouge, et vite.
La cybersécurité ne doit plus être perçue comme un luxe ou une charge, mais comme un levier de survie, de résilience, et de compétitivité.
Et si vous êtes patron d’une PME et que vous pensez encore que “la cyber, c’est pas pour vous”…
C’est probablement que vous en avez encore plus besoin que les autres.
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