Retour de Barcelone : IA, crise et leadership

J’ai passé quelques jours à Barcelone pour animer un workshop sur l’IA et la gestion de crise en cybersécurité. Une salle pleine, des profils très différents, et un constat commun : le flou. Trop d’informations, trop d’outils, pas assez de repères.

J’ai commencé par une question simple : qui ici se sent hacker ? Quelques mains se sont levées. Pas celles qu’on attendait.

Derrière ce mot, on projette souvent un pirate masqué. J’y vois plutôt une manière de penser. Un hacker, c’est quelqu’un qui observe, questionne, détourne. Une forme d’esprit artistique, pas criminel.

Et c’est ce type d’attitude qu’il va falloir cultiver, parce que les crises ne ressemblent plus à ce qu’on avait appris à gérer.

L’IA ne répond plus, elle agit

On est passé de ChatGPT qui répond à des questions à des agents IA qui prennent des décisions. Pas seules, pas sans vous, mais assez rapidement pour que vous perdiez pied si vous n’êtes pas préparés.

Ce n’est plus une technologie spectaculaire. C’est une infrastructure silencieuse. Comme l’électricité. Et elle force une chose : être clair sur ce que vous attendez d’elle. Parce qu’elle n’a pas d’intention. Pas d’intuition. Elle fait ce qu’on lui demande, parfois trop bien.

Je l’ai dit clairement à Barcelone : l’IA n’a pas besoin de sens, c’est vous qui devez en donner.

La cyber, ce n’est pas que des systèmes, c’est surtout des humains

Il y a une donnée qu’on oublie trop souvent : 93% des incidents de cybersécurité ont une origine humaine. Une erreur. Une fatigue. Un biais cognitif.

Cyberpsychologie

C’est pour ça que je parle de cyberpsychologie. Ce n’est pas un mot savant, c’est juste le réalisme de notre quotidien : ce sont les gens qui cliquent, qui répondent, qui ignorent ou qui paniquent. Et ce sont ces mêmes gens qu’on attend de voir réagir correctement quand tout s’emballe.

Comprendre le facteur humain, ça devrait être la base de toute stratégie cyber. Pas un chapitre bonus.

Le leadership, ce n’est pas une fonction. C’est une compétence humaine.

Dans les moments de tension, on ne regarde pas le titre de la personne. On regarde qui garde la tête froide. Qui pose une question claire. Qui prend la parole sans ajouter au chaos.

Le leadership, pour moi, ce n’est pas diriger une équipe. C’est savoir être utile aux autres, dans l’instant. Clarifier, rassurer, débloquer, proposer.

Ce sont des compétences humaines. Qu’on soit junior ou senior, technique ou non, peu importe. Ce qui compte, c’est la posture. Et la disposition à agir.

Vous attendez quoi, exactement ? 

Une crise, c’est le moment où tout ce qui était flou devient urgent.

  • Qui décide ?
  • Quoi prioriser ?
  • Qui communique ?

L’IA peut aider. Elle peut réduire le temps de détection, donner des scénarios, analyser des journaux d’événements plus vite que vous ne pouvez les lire. Mais elle ne remplacera pas ce que vous ne posez pas clairement : votre logique, vos priorités, vos limites.

C’est là qu’intervient le leadership. Pas celui des grandes théories. Celui du quotidien. Celui qui, quand tout tremble, garde l’esprit stable. Celui qui sait dire « je ne sais pas encore », mais avance quand même.

Ce que j’ai vu dans la salle

Ce n’était pas une salle de hackers. Ni de décideurs purs. C’était un patchwork. Et c’était très bien comme ça.

Ce que j’ai vu, c’est des gens qui ont pris conscience que l’IA n’était pas un futur lointain. Elle est là. Et que le vrai enjeu, ce n’est pas de comprendre les modèles, c’est de savoir comment vous allez l’intégrer dans votre quotidien sans devenir spectateur de vos propres outils.

J’ai aussi vu beaucoup d’inconfort. De fatigue. De « on ne sait pas par où commencer ». Et c’est normal.

Alors on commence où ?

Je leur ai proposé un point de départ simple :

  1. Lire, pour se nourrir autrement que par des flux de notifs.
  2. Écrire, pour clarifier ce qu’on pense réellement.
  3. Débattre, pour ne pas tourner en rond dans ses certitudes.

Ce n’est pas une méthode miracle. C’est un rythme. Et dans un monde qui accélère, le rythme, ça vaut de l’or.

Si vous deviez retenir une chose

L’IA va continuer d’avancer, que vous le vouliez ou non. Le seul vrai choix, c’est votre manière de l’aborder : comme un gadget de plus, ou comme un levier pour devenir plus clair, plus réactif, plus humain.

Ce que je retiens de ce workshop, c’est que beaucoup sont prêts. Mais qu’ils attendent une permission.

La bonne nouvelle : elle ne viendra pas d’en haut.

Elle vient de vous.

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