Clé USB et silence d’État : le laxisme numérique a encore frappé

Salah Abdeslam, condamné pour les attentats du 13 novembre, a été placé en garde à vue pour possession illicite… d’une clé USB en prison.

Salah Abdeslam, condamné pour les attentats du 13 novembre, a été placé en garde à vue pour possession illicite… d’une clé USB en prison.

Répétons-le à voix haute : le cerveau logistique des pires attentats que la France ait connus aurait pu accéder à des données numériques, en prison, en 2025.

Et personne n’a trouvé ça choquant avant qu’on ne le découvre par hasard.
Pas une autorité pour anticiper.
Pas un système pour prévenir.

Juste du bricolage, des protocoles qu’on ne suit pas, et une imprudence qui, dans un autre pays, aurait déclenché une série de démission forcée.

Le problème n’est pas Abdeslam.

Le problème, c’est nous.
Il est sous régime “particulièrement surveillé”, et pourtant il peut posséder du matériel informatique, dans une cellule.
Il peut le manipuler.
Il peut y brancher une clé USB; ou en tout cas, il a pu.
Mais surtout : il peut bénéficier du laxisme ambiant.
Parce que la France a un problème : elle aime faire semblant de sécuriser.
Elle affiche des dispositifs. Elle annonce des plans. Elle pose des mots. Mais elle ne fait pas le travail.

On surveille mal

On vérifie après.
On communique beaucoup.
Mais on protège peu.
Et comme toujours, le politique s’empresse de commenter après coup, pour rassurer l’opinion.

“Des fouilles ont été renforcées”, “le système a été adapté”, “des sanctions seront prises”…

Mais le mal est déjà fait : la faute n’est pas dans l’incident, mais dans l’acceptation de son éventualité.
Quand un terroriste de cette envergure, incarcéré en quartier de haute sécurité, peut manipuler des objets interdits, ce n’est pas un “dérapage”.

C’est une faillite.

Le numérique, c’est aussi une arme.

Et il faut commencer à traiter ça sérieusement.
On continue de penser la sécurité comme un verrou sur une porte.
Mais en 2025, les armes ne font plus toujours du bruit.
Elles circulent sur des clés. Sur des fichiers. Par messages chiffrés. Par instructions invisibles.

La technologie n’est plus une option.
C’est un territoire.
Et nous laissons les frontières ouvertes.


Ce n’est pas une histoire de hackers.

C’est une histoire de système sans colonne vertébrale.
On traite les sujets graves avec une légèreté technocratique.
On dépense des millions dans des “plans cybersécurité” que personne ne lit.
On crée des commissions.
On fait des PowerPoint.
Mais quand il faut agir, surveiller, assumer la rigueur, on baisse les bras.

Il n’y a pas de résilience sans exigence.

Il n’y a pas de sécurité sans discipline.
Et il n’y a pas de politique publique sérieuse sans un minimum de cohérence.
Si la France veut encore se prétendre une démocratie numérique moderne, elle doit cesser de croire qu’elle peut sous-traiter la rigueur.
La sécurité ne se délègue pas.
Elle s’impose, chaque jour, dans chaque geste, dans chaque faille qu’on refuse de tolérer.

Et à l’heure où l’on s’apprête à commémorer les 10 ans des attentats du 13 novembre, que reste-t-il ?
Un terroriste en prison.
Et un pays qui, manifestement, n’a toujours pas compris.

Reprendre le sens du mot “sécurité”

La solution n’est pas numérique. Elle est morale, politique, structurelle.
Le problème n’est pas la clé USB, mais le fait qu’un homme comme Salah Abdeslam puisse encore en approcher une.
Un individu qui a participé à la pire tuerie du territoire français depuis la guerre n’a pas à bénéficier de conditions de confort ou d’apprentissage technologique.
Pas d’écran. Pas d’accès. Pas de contact.
Pas même la possibilité de regarder un ordinateur, encore moins de s’en servir.

Le droit à la réinsertion ne peut pas être un totem d’impunité morale.

La société ne se protège pas en rééduquant ceux qui ont voulu la détruire, mais en garantissant qu’ils ne puissent plus jamais la menacer.
Il faut redéfinir la détention à risque maximal : zéro contact avec le monde extérieur, zéro privilège, zéro complaisance.

Pas par vengeance, mais par cohérence.
Parce qu’on ne peut pas commémorer des victimes d’un côté, et offrir un clavier à leur bourreau de l’autre.
La sécurité, c’est d’abord ça : le courage politique de dire que certains droits s’arrêtent là où commence la mémoire des innocents.

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