On nous vend le numérique comme quelque chose de fluide. Instantané. Toujours disponible.
La vérité, c’est qu’Internet ressemble plus à une autoroute : ça roule… jusqu’au jour où quelqu’un décide de bloquer la voie.
Une attaque DoS / DDoS, c’est exactement ça : un embouteillage provoqué volontairement, non pas pour voler vos données, mais pour vous empêcher d’accéder à un service.
Pas de rançon. Pas de fichiers chiffrés. Pas de message dramatique.
Juste du bruit. Du volume. De la saturation. Et soudain, tout le monde redécouvre une évidence : si un service est “en ligne”, il peut aussi être mis hors ligne.
DoS vs DDoS : la différence qui change tout
Une attaque DoS (déni de service), c’est quand un attaquant envoie tellement de demandes à un site ou une application que ça finit par craquer. Comme si quelqu’un appelait un standard téléphonique en boucle pour occuper la ligne.
Une attaque DDoS, c’est la même chose… mais à l’échelle industrielle.
Le “D” de DDoS veut dire “distribué” : au lieu d’un seul attaquant, tu as une foule qui attaque en même temps.
Et cette foule n’est pas composée de hackers derrière leurs écrans. Elle est souvent composée de machines piratées.

Source de l’image : Cloudfare
La plupart des attaques DDoS sont faites avec vos appareils… sans que vous le sachiez
Le cœur du DDoS moderne, c’est ce qu’on appelle un “botnet”.
Ou pour faire simple : un réseau de machines zombies.
Un routeur domestique jamais mis à jour.
Une caméra IP installée vite fait.
Un boîtier domotique acheté “pas cher” sur un site e-commerce bien connu.
Un PC contaminé par un logiciel douteux.
Tous ces appareils peuvent être enrôlés, silencieusement, et utilisés comme soldats. Et le jour où l’attaque démarre, ils envoient du trafic à la cible, en masse, jusqu’à l’étouffer.
Ce n’est pas “le futur”. C’est déjà le présent.
Et c’est ce qui rend le sujet dérangeant : le DDoS est une attaque collective fabriquée à partir de nos négligences individuelles.

Pourquoi quelqu’un ferait ça ?
Parce que c’est simple, rentable, et parfois politiquement utile.
Les motivations les plus fréquentes :
- Chantage : “payez, sinon votre site reste inaccessible”.
- Vengeance : un concurrent, un client frustré, une cible symbolique.
- Politique / hacktivisme : frapper des services visibles pour envoyer un message.
- Diversion : créer le chaos pour détourner l’attention pendant qu’autre chose se passe ailleurs.
Le point commun : dans tous les cas, l’objectif n’est pas la finesse. C’est l’impact.
Et l’impact, c’est vous : le citoyen, le client, l’utilisateur, celui qui dépend du service.
Un serveur n’est pas fragile, il est limité
Un service en ligne (site web, application, API) repose sur des ressources finies :
- une capacité réseau (combien de données il peut recevoir),
- une capacité de calcul (combien de requêtes il peut traiter),
- une capacité logique (combien de connexions il peut gérer en parallèle).
Tant que les demandes arrivent à un rythme normal, tout va bien.
Mais une attaque DDoS ne cherche pas à “entrer” dans le système. Elle cherche à le fatiguer.
C’est une attaque par épuisement.
Ce que fait vraiment une attaque DDoS
Contrairement à ce qu’on imagine, la plupart des attaques ne consistent pas à “envoyer n’importe quoi”.
Elles envoient des requêtes valides, mais en trop grande quantité.
Par exemple :
- demander la page d’accueil,
- ouvrir une connexion sans jamais la fermer,
- simuler un utilisateur qui navigue “normalement”, mais des milliers de fois par seconde.
Pour le serveur, ces requêtes ressemblent à de vrais utilisateurs.
Il essaie donc de répondre… jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus.

Source de l’image : Avast
Le point clé : le serveur travaille avant même de répondre
À chaque requête reçue, un service doit :
- vérifier d’où elle vient,
- ouvrir une connexion,
- allouer un peu de mémoire,
- parfois interroger une base de données,
- préparer une réponse.
Même si la réponse n’arrive jamais, le travail a déjà été fait.
Une attaque DDoS exploite exactement ça :
elle oblige le système à travailler… pour rien.
Pourquoi les DDoS modernes sont si difficiles à bloquer
Il y a vingt ans, une attaque venait souvent d’une seule source.
Aujourd’hui, elle vient de dizaines de milliers de machines, parfois réparties dans le monde entier.
Résultat :
- bloquer une adresse IP ne sert à rien,
- filtrer “un pays” entier n’est pas réaliste,
- et distinguer un vrai utilisateur d’un faux devient extrêmement complexe.
Certaines attaques utilisent même des services tiers légitimes (serveurs mal configurés, équipements exposés) pour amplifier le trafic.
Un seul message envoyé par l’attaquant peut se transformer en des dizaines de réponses vers la victime.
C’est l’équivalent numérique de crier dans une vallée pour provoquer une avalanche.
Pourquoi “avoir de gros serveurs” ne suffit pas
C’est une idée très répandue :
“On est gros, on a de l’infrastructure, on tiendra.”
En réalité, une attaque DDoS ne vise pas toujours la bande passante brute.
Elle vise souvent le maillon le plus fragile :
- une API oubliée,
- un service d’authentification,
- un lien entre deux systèmes,
- un prestataire tiers.
Il suffit qu’un seul composant tombe pour que tout le reste suive.
C’est pour ça que des organisations très structurées peuvent se retrouver à genoux pendant plusieurs heures, sans qu’il y ait la moindre “faille” au sens classique.
Le rôle des protections anti-DDoS (et leurs limites)
Les solutions anti-DDoS ne sont pas magiques.
Elles reposent sur trois principes :
- absorber le trafic (avoir plus de capacité que l’attaquant),
- filtrer ce qui ressemble à un comportement anormal,
- déléguer le nettoyage à des infrastructures spécialisées.
Mais même avec ces outils, il y a toujours :
- un temps de détection,
- un temps d’adaptation,
- un impact utilisateur.
Le vrai enjeu n’est donc pas “d’éviter toute coupure”.
Il est de réduire la durée, l’impact et la surprise.
Quand La Poste tombe, tout le monde comprend ce qu’est un DDoS
Fin 2025, La Poste a subi une attaque de ce type.
Et ce qui est intéressant, c’est moins “qui” a revendiqué que ce que ça révèle.
Une entreprise ou un service peut être solide, sérieux, organisé… et malgré tout se faire couper l’accès, temporairement, simplement parce que l’attaque joue sur un principe bête : la capacité d’un système n’est pas infinie.
Juste avant Noël, ça ne touche pas “le numérique”.
Ça touche le quotidien : suivi de colis, démarches, services bancaires, confiance.
Et ça rappelle une règle : le déni de service est une attaque de société.

Pourquoi ça va empirer (et pourquoi il faut arrêter de faire semblant)
Parce qu’on multiplie les dépendances, sans multiplier la discipline.
- On connecte tout, partout.
- On externalise des services entiers.
- On empile des outils, des prestataires, des applis.
- Et on continue à acheter du matériel connecté avec une sécurité parfois inexistante.
Résultat : plus il y a d’objets vulnérables, plus il est facile de constituer une armée.
Et plus nos services deviennent essentiels (publics ou privés), plus l’impact d’une indisponibilité devient sérieux.
Le DDoS n’est pas “spectaculaire”.
Mais il est parfait pour une époque où tout doit marcher tout le temps.
Comment se protéger?
Si vous êtes une entreprise / collectivité
- Prévoir l’attaque avant de la subir : un service critique doit avoir un mode dégradé (même minimal).
- Se doter d’une protection anti-DDoS : ce n’est pas un luxe, c’est une assurance de continuité.
- Travailler la communication : pendant un DDoS, le silence fait plus de dégâts que l’attaque.
- Tester : pas pour cocher une case, pour vérifier que le jour où ça tape, vous ne découvrez pas vos failles en direct.
Et avant de jeter la pierre sur qui que ce soit, malgré toutes les protections possibles, une société peut quand même finir hors service suite à une attaque DDoS.
Si vous êtes un particulier
Votre enjeu, ce n’est pas de “bloquer une attaque”.
Votre enjeu, c’est de ne pas devenir un soldat involontaire.
- Changez les mots de passe par défaut (caméras, routeur, box, domotique).
- Faites les mises à jour (oui, même celles qui vous cassent les pieds).
- Évitez les objets connectés bas de gamme : le prix bas, la sécurité est souvent absente.
- Si vous n’avez pas besoin d’accès à distance, désactivez-le.
Comprendre le DDoS, c’est comprendre notre dépendance
Une attaque DDoS ne vole rien.
Elle ne chiffre rien.
Elle ne laisse parfois aucune trace durable.
Mais elle met tout le monde face à une vérité simple :
ce qui est accessible peut être rendu inaccessible.
Et plus notre quotidien dépend de services en ligne, plus ces attaques deviennent des armes d’impact, pas des gadgets de hackers.
Comprendre comment elles fonctionnent, ce n’est pas devenir parano.
C’est arrêter d’être naïf.
On peut aimer le numérique, l’utiliser, en dépendre… mais il faut arrêter de croire qu’il fonctionne par magie.
Le DDoS n’est pas une attaque “intelligente”.
C’est une attaque qui exploite notre monde moderne : pressé, dépendant, impatient.
Et c’est précisément pour ça qu’elle marche.