Chat Control 2.0 : L’Europe joue avec nos libertés numériques

C’est une petite ligne dans un texte obscur. Un article à peine cité dans la presse grand public. Une réunion à huis clos à Bruxelles. Et pourtant, ce qui est en train de se tramer pourrait bien devenir l’un des plus grands tournants autoritaires du numérique européen et se nomme Chat Control.

C’est une petite ligne dans un texte obscur. Un article à peine cité dans la presse grand public. Une réunion à huis clos à Bruxelles. Et pourtant, ce qui est en train de se tramer pourrait bien devenir l’un des plus grands tournants autoritaires du numérique européen.

Derrière le nom trompeur de “Chat Control 2.0” se cache une tentative de glisser par la petite porte un mécanisme de surveillance de masse des communications privées en ligne. Un texte qui, s’il est adopté tel quel, permettrait de scanner vos messages privés, même chiffrés, d’exiger des preuves d’identité pour créer un compte mail, et d’interdire à des millions de jeunes l’accès aux réseaux sociaux.

Et tout cela au nom de la protection de l’enfance.

Du sécuritaire déguisé en morale

Après que plusieurs États membres ont rejeté en bloc le projet initial de “Chat Control” en 2023, la Commission revient aujourd’hui à la charge. Mais avec une méthode bien plus sournoise : faire passer les mêmes mesures sous d’autres termes, plus flous, plus ambigus.

Le nouvel article 4 du texte obligerait ainsi les services de messagerie (de WhatsApp à Telegram en passant par Signal ou même les mails) à prendre des “mesures appropriées de réduction des risques”. En clair ? On ne vous oblige pas directement à scanner les messages de vos utilisateurs… mais si vous ne le faites pas, on considérera que vous êtes négligent.

Ce n’est pas de la régulation. C’est du chantage bureaucratique.

Une surveillance totale, déguisée en prévention

Pire encore, ce texte étend le champ de la surveillance. Il ne s’agit plus seulement de scanner les images suspectes à la recherche de contenus illicites. Le projet ouvre la voie au scanning automatisé des textes, métadonnées et conversations privées. Par IA. Par algorithmes. Sur tous vos appareils.

Cela va au delà de tous les fantasmes de sociétés totalitaires.

Parce qu’aucune IA aujourd’hui ne fait la différence entre un message inquiet d’un adolescent à sa copine et une tentative de prédation sexuelle. Entre une blague noire et une incitation réelle à la haine. Le résultat ? Des milliers de faux positifs. Des conversations privées exfiltrées. Des citoyens placés sous surveillance algorithmique sans le moindre soupçon tangible.

Et pendant ce temps, les vrais prédateurs adaptent leurs outils. Migrent vers d’autres plateformes. Échappent aux filtres. Comme toujours.

L’anonymat dans le viseur

Autre point passé sous silence : pour “protéger les mineurs”, l’Europe envisage d’imposer l’identification obligatoire pour l’ouverture de comptes en ligne.

Traduction : fin de l’anonymat.

On ne pourra plus créer un compte mail, utiliser une messagerie ou naviguer sur certains services sans prouver son âge. Et donc, son identité. Un cauchemar pour les journalistes, les activistes, les dissidents, les lanceurs d’alerte. Un rêve pour tous les États autoritaires.

Et ce n’est pas un fantasme complotiste. C’est écrit noir sur blanc dans le projet.

Contrôler les jeunes… en les coupant du monde

Cerise sur le gâteau : le texte propose une interdiction pure et simple d’accès aux messageries, réseaux sociaux, et même jeux en ligne pour les moins de 16 ans.

Pas d’éducation. Pas d’accompagnement. Pas de discernement. Juste une exclusion brutale. Un confinement numérique sous prétexte de sécurité. Comme si l’on pouvait éduquer en isolant. Comme si l’on protégeait en coupant l’accès au monde.

C’est une infantilisation des jeunes et une preuve supplémentaire d’un législateur totalement déconnecté des usages numériques réels.

Ce que cela dit de nous

On parle souvent d’IA, de cybersécurité, de souveraineté numérique. Mais ce que montre ce projet de loi, c’est qu’en réalité, ce sont nos valeurs fondamentales qui sont en jeu : la vie privée, la liberté d’expression, la présomption d’innocence, l’anonymat.

Et tout cela est sacrifié sur l’autel d’une peur légitime, mais exploitée politiquement : celle des crimes pédophiles.

Oui, ces crimes existent. Oui, il faut les combattre. Mais on ne combat pas le feu en brûlant la maison entière.

Ce n’est pas un compromis. C’est une imposture.

Ce texte ne protège pas. Il surveille.
Il ne responsabilise pas. Il infantilise.
Il ne sécurise pas. Il trahit.
Et surtout : il installe, lentement mais sûrement, les fondations d’un modèle de société où la surveillance devient la norme, et la liberté une anomalie.

Ce que je propose ?

Pas un “non” de principe. Mais un “oui” à l’intelligence.

  • Oui à la protection ciblée et fondée sur décision de justice.
  • Oui au chiffrement de bout en bout pour tous.
  • Oui à une politique de l’éducation numérique, pas de la suspicion par défaut.
  • Oui à une Europe qui protège ses enfants sans fliquer ses citoyens.

Ce n’est pas une loi de sécurité. C’est un test de lucidité démocratique.

Et ce test, l’Europe est en train de le rater.

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