Cyberpsychologie & pouvoir : comment les émotions sont manipulées

Il ne se passe pas une semaine sans qu’on parle de « manipulation » : dans les médias, sur les réseaux sociaux, via les IA, dans les campagnes politiques ou les crises informationnelles.

Il ne se passe pas une semaine sans qu’on parle de « manipulation » : dans les médias, sur les réseaux sociaux, via les IA, dans les campagnes politiques ou les crises informationnelles.

On sait que ça existe. Mais on continue d’imaginer que cela concerne les autres. Ceux qui sont influençables, distraits, « pas assez critiques ».

Et si on se trompait ?

On ne manipule pas l’intelligence. On manipule les émotions.

Quand on pense à une cyberattaque, on pense à un fichier piégé, un ransomware, un virus. Mais la plupart du temps, ce qui fait tomber une organisation, ce n’est pas un code malin. C’est une réaction humaine.

Un clic. Une panique. Une confusion. Une perte de confiance.

Le levier, c’est rarement la technique. C’est le stress, l’urgence, la peur de se tromper, le besoin d’aller vite.

C’est là que la cyberpsychologie intervient : comprendre comment nos biais cognitifs, nos états émotionnels et notre perception de la réalité influencent nos décisions face aux systèmes numériques.

Le pouvoir réside dans celui qui déclenche la bonne émotion, au bon moment

Une fausse alerte de sécurité, un mail qui fait appel à la peur, un message qui semble venir de votre hiérarchie : ce ne sont pas des erreurs. Ce sont des outils stratégiques.

Les cybercriminels comprennent très bien les leviers émotionnels :

  • L’urgence pour couper votre analyse.
  • L’autorité pour vous faire obéir sans vérifier.
  • La culpabilité pour déstabiliser.
  • La curiosité pour provoquer un clic.

Le plus troublant, c’est que ces leviers sont aussi utilisés – parfois inconsciemment – dans les organisations elles-mêmes :

  • Pression constante.
  • Culture de la réactivité.
  • Chasse à l’erreur plutôt qu’apprentissage.

Autrement dit : on affaiblit nous-mêmes nos défenses psychologiques.

La manipulation numérique est souvent invisible

Ce n’est pas un gros mensonge. C’est un glissement progressif :

  • Une suggestion algorithmique bien placée.
  • Une tendance artificiellement mise en avant.
  • Un sentiment de « tout le monde pense comme moi ».

Et là encore, ce n’est pas une question d’intelligence. C’est une question de charge mentale, de fatigue, de saturation informationnelle.

Les cerveaux les plus brillants peuvent se faire piéger, simplement parce qu’ils sont humains.

Ce qu’on peut faire, concrètement

Non, on ne va pas tous devenir des experts en psychologie cognitive. Mais on peut remettre un peu de lucidité dans nos pratiques :

  • Accepter qu’on a tous des biais. Tous.
  • Créer des environnements où il est possible de dire « je ne sais pas » sans crainte.
  • Développer des réflexes de vérification simples, même en interne.
  • Former à la cyberpsychologie de manière accessible.

Et surtout : ralentir. Prendre une respiration entre stimulus et réponse. Parce que c’est souvent là que tout se joue.

L’émotion n’est pas le problème. Le silence autour d’elle, oui.

Aucune politique de cybersécurité ne tiendra si elle ne prend pas en compte l’humain. Et l’humain, ce sont ses compétences, oui. Mais aussi ses peurs, ses automatismes, son besoin de reconnaissance, sa fatigue.

Tant qu’on n’aura pas intégré cette dimension, on construira des châteaux de sable.

Il est temps d’arrêter de voir les « utilisateurs » comme des maillons faibles. Et de les voir comme ce qu’ils sont vraiment : le cœur du système.

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