On a pris l’habitude de parler cybersécurité comme d’un sujet technique. Et bien sûr, c’est technique : systèmes, identités, contrôle d’accès, segmentation, procédures.
Mais dans la vraie vie, une grande partie des incidents commence ailleurs :
dans un moment d’inattention, de fatigue, d’urgence ou de dispersion.
Ce n’est pas une critique. C’est une observation.
La cybersécurité n’est pas seulement une affaire d’outils : c’est aussi une affaire d’état intérieur. D’attention. De présence. De capacité à ne pas agir en pilote automatique.
C’est à cet endroit précis que le yoga, la méditation, et ce que la cyberpsychologie met en évidence, se rejoignent.
Ce que l’ingénierie sociale vise réellement
Le phishing et les arnaques “modernes” ne sont pas seulement des techniques de tromperie. Ce sont des méthodes pour provoquer une réponse automatique.
Les déclencheurs sont presque toujours les mêmes :
- l’urgence (“vite, sinon…”)
- l’autorité (“c’est la direction / la banque / le support”)
- la peur (perte, sanction, fraude)
- la récompense (gain, remboursement, opportunité)
Autrement dit, l’attaquant ne cherche pas à être plus malin que toi.
Il cherche à obtenir un instant où tu réagis au lieu de choisir.
Ce que la cyberpsychologie rappelle (et que tout praticien voit sur le terrain), c’est que notre exposition augmente quand :
- on est pressé,
- on est stressé,
- on est fatigué,
- on est déjà en multitâche,
- on veut “bien faire” vite.
Ce n’est pas un problème d’intelligence.
C’est un problème de présence.
La présence n’est pas un concept “spirituel” : c’est une compétence de sécurité
Être présent en cybersécurité, ça ressemble à des choses simples :
- avant de saisir un mot de passe : je suis sur quel domaine ?
- avant d’ouvrir une pièce jointe : qui me demande ça, pourquoi, et maintenant ?
- avant de valider une authentification : c’est bien moi ?
- avant de répondre : est-ce que je réponds à une demande… ou à une pression ?
La présence, c’est la micro-seconde où tu repasses de “réaction” à “discernement”.
Et c’est exactement ce qu’on travaille sur un tapis :
revenir, remarquer, stabiliser, respirer, choisir.

Yoga / méditation : entraîner l’attention comme on entraîne un muscle
On fait souvent de la sensibilisation cyber comme si “savoir” suffisait.
Mais entre savoir et faire, il y a la pression, le stress, l’ego, la fatigue.
Yoga et méditation ne donnent pas une liste de règles en plus.
Et c’est littéralement ce qu’on entraîne sur un tapis :
- attention (dharana),
- stabilité (asana),
- régulation (pranayama),
- observation (méditation).
Tu entraînes la même compétence que tu utilises pour ne pas te faire conduire par un “mail urgent”.
L’ingénierie sociale vise ton identité :
- “sois réactif”
- “prouve que tu gères”
- “ne fais pas perdre de temps”
- “ne passe pas pour incompétent”
- “si tu n’agis pas, tu mets tout le monde en danger.
Donc tu n’es pas obligé d’obéir à l’émotion ou à la pensée qui pousse.
Tu peux voir la peur sans devenir la peur.
Tu peux voir l’urgence sans devenir l’urgence.
Tu peux voir l’ego sans lui donner le volant.
Dans cet espace, tu vérifies. Tu demandes une confirmation. Tu ralentis.
C’est un geste intérieur, mais c’est une conséquence très concrète : tu deviens moins manipulable.
Un rituel simple avant les actions à risque
Je n’aime pas les recettes miracles. Mais j’aime les micro-protocoles réalistes.
Quand un message te pousse à agir vite (mail, DM, facture, demande “support”, lien) :
- pause
- 3 respirations
- vérifie domaine / contexte / demande
- si doute : canal secondaire (appel, message, numéro connu)
Ce n’est pas “du zen”.
C’est une coupure de l’automatisme.

Quand la cyber et la méditation partagent déjà la même maison
Pour moi, ce lien n’est pas théorique.
À Maspalomas, j’ai ouvert il y a quelques mois, un centre de méditation.
Ce centre de méditation partage les mêmes locaux que la Cyber Academy.
Donc la passerelle existe déjà :
même lieu, même exigence de clarté, même discipline de l’attention.
Et Walk in the Park (wip.care) fait partie de ce même écosystème : c’est l’association que je sponsorise.
Je ne raconte pas un concept : je décris une cohérence de vie.
Une cybersécurité qui commence dans la présence.

Conclusion
On peut améliorer les systèmes.
Mais on sous-estime l’importance de l’attention qui les utilise.
La cybersécurité, c’est aussi la capacité à : ralentir, voir, discerner, choisir.
Et ça… ça s’entraîne.